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Publié : 7 décembre 2014

Hernie cervicale du bouledogue Français

Quand le Filum terminale se prend dans la fibrose de la queue courte.

Bergamotte est une bouledogue Français qui présente des troubles cervicaux, affection assez classique dans cette race. Elle a été présentée pour une consultation en ostéopathie après des traitements classiques (mais non chirurgicaux) infructueux.

Voici la relation du cas vu de deux points de vue. Celui du propriétaire, puis celui du vétérinaire ostéopathe.

Propriétaire :

La hernie discale cervicale est un fléau que tout propriétaire de bouledogue appréhende et auquel il peut être confronté au court de la vie de son chien. Comprendre les signaux précurseurs et réagir très vite sont les clés de la guérison de l’animal. Déjà un bon pronostic est fait lorsque le chien réagit aux corticoïdes.

Déjà confrontée à ce problème, il y a quelques années avec une autre chienne, et grâce à la compétence d’un excellent vétérinaire spécialisé en chirurgie délicate, ma chienne a retrouvé une vie totalement normale et quiconque la rencontre aujourd’hui est incapable de savoir qu’elle a été il y a deux ans « une poupée de chiffons ». Cependant, si la fin de l’histoire est heureuse, il faut être bien conscient des divers traumatismes qui se sont succédé pour arriver à ce résultat : tout d’abord l’accident traumatique en lui-même, puis la douleur ressentie, la très délicate opération, l’hospitalisation, la douleur post-opératoire, heureusement prise en compte chez certains vétérinaires, l’immobilisation de deux mois minimum en cage pour éviter tout mauvais mouvement préjudiciable à la guérison, et bien évidemment l’appréhension des maîtres et je ne parle pas du coût financier de l’opération.
Certes, on ne peut pas toujours éviter l’acte chirurgical, mais il me semble intéressant de parler d’une autre alternative à laquelle je viens de recourir maintenant pour Bergamotte grâce aux recommandations du vétérinaire qui suit mes chiens depuis plus de 10 ans et auquel je fais entièrement confiance.

Je veux parler de l’ostéopathie.

A la suite d’une phase de jeu et d’excitation, l’une de mes chiennes s’est bloquée et sa posture m’a très vite renseignée sur ce qui était à craindre, très rapidement mise sous cortisone, mon vétérinaire m’a cependant fortement incitée à consulter un vétérinaire ostéopathe, il lui a référé le cas et j’ai pris rapidement rendez-vous avec le docteur Chêne.
La douceur des massages que je qualifierais d’effleurements accompagnés de sons vibratoires m’ont quelque peu interloquée, lorsque qu’il nous a demandés de sortir et de faire marcher la chienne à l’extérieur, sa démarche était plus fluide, et nous avons constaté dans les jours suivant la consultation que les tensions et contractures comparables à des tressaillements que nous ressentions lorsque nous posions délicatement nos mains sur le dos de notre chienne avaient disparu.
Nous avions stoppé la cortisone suivant les recommandations du vétérinaire ostéopathe et suivant ses conseils, nous sommes revenus 15 jours après pour la 2ième consultation qui fut la dernière. Un autre fait bien réel que je me plais à rapporter ici est que ma chienne a pénétré lors de la visite suivante sans aucune appréhension dans la clinique vétérinaire et s’est dirigée vers le cabinet du dit vétérinaire qui a eu droit à des effusions amicales alors qu’habituellement et malgré toute la bienveillance de son vétérinaire habituel, jamais elle n’a manifesté un tel comportement.

Vétérinaire ostéopathe :

L’ostéopathie pour une suspicion de hernie discale… Ce n’est pas forcément ce qui viendrait à l’idée au premier abord, mais cela tient à une méconnaissance de certains mécanismes corporels aussi bien de la part du public que de la plupart des vétérinaires.
Et c’est dommage d’une manière générale vous le comprendrez dans la suite de cet exposé et encore plus dommage dans une race comme le bouledogue Français à cause d’une particularité anatomique.

Lors de notre cursus, nous sommes fort bien instruits dès qu’il s’agit de biochimie ou de chirurgie, ces deux voies ayant été passionnément explorées par d’extraordinaires précurseurs.

Pourtant, il y a un pendant à la biochimie, c’est la biophysique…. Très méconnue.

Or les rebouteux et maintenant les ostéopathes explorent cette voie qui n’a rien d’anecdotique et ne se résume sûrement à une histoire de vertèbres déplacées ou de nerf froissé.

Je tiens à préciser que ces propos, vous ne les avez sans doute jamais entendus car assez éloignés des propos tenus habituellement. Pourtant, ils sont le fruit de quelques 20 années de recherche en ostéopathie régulièrement aiguillonnés par les critiques des confrères plus académiques. Mais heureusement très régulièrement stimulés par des résultats cliniques en général très bons.

Je vais donc rapidement en essayant de ne pas trop rentrer dans les détails anatomiques et physiologiques tenter de vous expliquer ce qu’est une hernie discale pour un ostéopathe et pourquoi le moignon de queue du bouledogue français est un facteur ag-gravant de la hernie discale cervicale dans cette race.

Tout d’abord, le tableau clinique :

Il y a suspicion forte de cervicalgie voire de hernie discale quand le chien semble prostré et ne pas pouvoir bouger le cou, qu’il hésite à se déplacer, certains mouvements de la tête lui provoquent des hurlements déchirants, y compris parfois rien qu’en l’approchant de la main quand il croit qu’on va lui faire faire un mouvement douloureux.
On observe assez facilement des spasmes uni- ou bilatéraux des muscles au voisinage de l’épaule, qui semblent pris de fasciculation (mouvements aléatoires et incoordonnés des différentes fibres musculaires).
C’est une affection très pénible psychologiquement pour le propriétaire qui se sent désarmé devant ces hurlements, voire peut se sentir agressé par des tiers qui se demandent ce que celui-ci peut faire subir à son chien pour qu’il hurle ainsi de manière si soudaine.
Il faut bien noter que les symptômes sont dus à l’altération de la moelle épinière et que, si hernie il y a, elle peut être la cause seconde mais que c’est la souffrance médullaire qui nous donne le tableau clinique.

Les traitements classiques :

Outre la chirurgie en cas de hernie discale avérée, le seul anti-inflammatoire qui me semble avoir un intérêt quelconque est la cortisone par son efficacité sur l’œdème de la moelle épinière. Ensuite et secondairement, un remède comme le Candilat ND par augmentation de la perfusion sanguine médullaire peut aussi être intéressant.

Le plus de l’ostéopathie :

Son approche globale permet de ne pas considérer seulement l’aspect local.
En effet un disque est un amortisseur de pression entre deux éléments (les vertèbres) dont le rôle est de protéger le fragile tissu nerveux tout en permettant des petits mouvements adaptatifs nécessaires aux mouvements du corps dans son ensemble. Il est prévu que le disque reçoive une certaine quantité de forces depuis une direction et au-delà, les contraintes trop fortes le fond expulser son noyau pulpeux et c’est la hernie.
Ces notions se comprennent très facilement des lors que l’on fait appel à la notion de tenségrité, qui est une notion architecturale qui a permis des constructions légères et aériennes (pont suspendus, dômes géodésiques). Il a été démontré que les cellules fonctionnent physiquement selon les principes de la tenségrité, mais le corps entier semble faire appel à cette notion.

On peut alors avoir deux attitudes face à la hernie avérée :
- Exérèse du noyau hernié ou déplafonnement de la vertèbre pour permettre à la moelle de s’extraire de la pression. Cette attitude reste valable en cas d’urgence (paralysie, tumeur)
- S’il n’y a pas encore paralysie ou si la hernie est non confirmée, on peut au contraire décider de
« remodeler » l’ensemble des forces qui arrivent sur le disque pour le soulager de la pression.
La consultation d’ostéopathie consiste alors à trouver tous les points de tensions distants qui, au lieu d’amortir, reportent la pression plus loin. Cela peut venir du bassin, de la tête, d’une autre vertèbre, d’un organe. L’élimination des dysfonctions (tensions) primaires a pour effet immédiat de soulager le disque qui reprend du volume et a alors tendance à laisser refluer le noyau et à cicatriser.

La consultation d’ostéopathie apporte un gros plus dans tous les cas. Décoincer un bassin permet de mieux s’en servir et de soulager le cou par simple report de poids.
Attention : Localement sur le site de la hernie toute manipulation structurelle (physique) est inutile et dangereuse. On peut toutefois y faire des manipulations dites fonctionnelles par simple écoute manuelle qui apporteront un gros plus.

Ceci est le cadre global du traitement de la hernie par ostéopathie. Toutefois chez le bouledogue français pour obtenir un résultat encore plus net et plus rapide il convient de tenir compte d’une notion encore toute nouvelle en ostéopathie : la force de traction médullaire.

En effet la moelle en elle-même subit une tension de l’ordre de quelques grammes (20 à 40 g) nécessaire à son fonctionnement. Cette tension apparait pendant la croissance lors d’un phénomène que l’on appelle "l’ascension apparente de la moelle épinière".

En effet pendant la croissance, la colonne vertébrale, sensible à l’hormone de croissance grandit plus vite que la moelle qui s’étire et forme le fin Filum Terminale qui la garde rattachée aux environ de la quatrième vertèbre caudale, mais le bout de la moelle lui-même se trouve au voisinage le L6/L7 en général chez le chien et les nerfs étirés eux aussi forment alors la queue de cheval.

Cette tension pour diverses raisons peut devenir trop forte (jusqu’à 400 grammes) et perturber le fonctionnement de la moelle qui dans un premier temps devient hyper réactive.

Or, le moignon de queue cicatriciel du bouledogue renferme en général l’insertion du Filum Terminale et constitue une gêne pour l’adaptation de la tension médullaire. Et c’est pour cette raison que l’on rencontre si souvent cette affection chez les boule-dogues français (entre autres races à queue courte).

La FTM peut momentanément devenir trop forte pour cette seule raison. Et dans ce cas la hernie discale est favorisée de deux façons : blocage en densité du sacrum qui reporte les lignes de forces vers l’avant et tension importante de la moelle qui se cogne contre les courbures de la colonne à l’entrée de la poitrine et à l’entrée du crâne créant une irritation de celle-ci qui favorise les spasmes musculaires. Il convient impérativement de défaire cette tension interne à la colonne pour un soin efficace.

Le cas de Bergamotte :

Il rentrait pile dans ce concept de Force de Traction Médullaire élevée avec une très grosse densité sur le moignon de queue et des tensions secondaires sur les points de concavité et de convexité de la colonne.
La diminution de cette tension par travail tissulaire sur la zone de la queue a suffit à faire disparaître les symptômes en quelques jours.
Le contrôle à 15 jours a mis en évidence des tensions sur l’hélice fasciale superficielle qui contrebalance au niveau corporel la FTM. Il n’y a pas eu de rechute

Toutefois j’aimerais donner au propriétaire à qui cela arrive deux pistes pour relâcher le stress excessif qui nait face à cette affection, c’est pour moi très im-portant car c’est le stress dû aux hurlements qui rend cette affection si insupportable et si…urgente à résoudre.
De plus le stress familial « rebondit » sur le chien qui stresse d’autant plus et se contracte encore plus.

- Le hurlement poussé n’est pas corrélé à la douleur. Je m’explique. Un spasme musculaire au niveau des lombaires fait mal mais c’est supportable et il ne fait pas crier…. Par contre si le muscle qui spasme est une corde vocale….. alors la conséquence est un cri mais qui n’a rien à voir avec l’intensité de la douleur. C’est ainsi que dans la pathologie la plus douloureuse et choquante qui soit chez le chien, le retournement d’estomac, le sujet ne crie pas…. Le hurlement ne signifie donc pas douleur intense il signifie spasme de la corde vocale. Attention je ne dis pas que le chien n’a pas mal ! je dis qu’il n’a pas aussi mal que le cri le laisserait penser !!!
- Ensuite la persistance du cri et son intensité ne sont pas des bons critères pour savoir si l’évolution est bonne ou si au contraire le cas s’aggrave. L’intensité reste égale et au moindre faux mouvement le cri réapparaîtra et d’autant plus que le chien en voie d’amélioration fait des mouvements plus brusques et oublie qu’il a mal. En fait il faut se discipliner à noter le moment des crises et leur durée. L’amélioration sera signée par un espacement des crises et une diminution de leur durée.

Conclusion :

Ce petit article éventuellement pour vous faire penser qu’il existe une troisième voie de soin dans la cervicalgie…. Mais aussi et surtout pour dire que le concept de Force de Traction médullaire permet de comprendre beaucoup de choses dans les problèmes du chien et que dans certains cas le caractère racial est important.
Et que ce n’est pas forcément une histoire de génétique pure.

Bibliographie :

- Chêne Patrick. Pathologies Méningées... ou... médullaires...des Carnivores Domestiques en croissance susceptibles d’être traitées par ostéopathie. IIème colloque des vétérinaires acupuncteurs méditerranéens. Nice, 29 septembre 2007
- Garceau George J. The Filum terminale Syndrome (The cord-traction syndrome) Bone Joint Surg Am. 1953 ;35:711-716.
- Royo-Salvador MB, Sole-Llenas J, Domenech JM, Gonzalez-Adrio R. 2005 May. Results of the section of the Filum terminale in 20 patients with syringomyelia, scoliosis and Chiari malformation.Acta Neurochir (Wien). ;147(5):515-23
- Ruiz de Azua Mercadal Antonio. La force de traction médullaire. Revue Apostill N°11/12 automne 2202 PP 7-14
- Tricot pierre. Approche tissulaire de l’ostéopathie. Livre 320 pp. Editions Sully
- Yamada S, Zinke DE, Sanders D. 1981. Pathophysiology of tethered cord syndrome. J. Neurosurg. 54 : 494-503.
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- Yves Guillard http://www.torsion-physiologique.fr/
- Jean François Mégret, mémoire sur la tenségrité : http://www.biblioboutik.osteo4patte...
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Post-scriptum

cet article a été écrit il y a maintenant plus de deux ans, il ne perd pas de sa véracité, au contraire de nombreux cas cliniques l’ont conforté, sauf exceptions, "la hernie cervicale" du Bouledogue se soigne assez facilement en 2 à 4 séances en tenant compte de la notion de FTM et de torsion physiologique.