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Publié : 19 juin 2016

Jeter à bas les présupposés !!!

Ou... La tartine à deux faces

Me mêlant de donner quelques cours d’ostéopathie à des vétérinaires qui ont à la base un enseignement médical classique, je n’arrête pas de leur dire de penser à mettre à bas leurs présupposés y compris les mieux cachés en matière de réflexion sur la maladie, la santé et sur les symptômes observés.

C’est un fait que dans toutes nos certitudes médicales se cachent des affirmations, des points de départ de réflexion que l’on ne remet même plus en doute mais qui en fait ont un jour été le choix accompli entre deux hypothèses. L’une ayant paru plus féconde que l’autre. Mais quelques générations plus tard, on bute sur un mur et l’on a oublié qu’un jour nos prédécesseurs ont fait une hypothèse puis choisi arbitrairement et cela nous empêche aujourd’hui de tester l’autre hypothèse.

Notre ami Erich Degen dans son "Ostéopathie des Mammifères", nous raconte bien en particulier comment un jour la physiologie a supplanté l’anatomie et comment les microbes de Pasteur ont chassé le vitalisme (raccourci clavier...).

La médecine a ainsi régulièrement enterré les aiguillages qu’elle a parcourus.

Alors que les mathématiques sont moins amnésiques et passent leur temps à remettre en question la moindre parcelle de certitude.
Elles nous aident bien à explorer ces choses si évidentes, exemple :

Deux droites parallèles ne ce croisent jamais. VRAI ou FAUX ?

Nous avons tous tendance à répondre l’évidence : c’est vrai. Oui dans un univers dit Euclidien (le coup des droites parallèles c’est tonton Euclide qui l’avait écrit sur les tablettes)... sauf qu’il existe des Univers non euclidien où les droites parallèles peuvent se croiser largement...
De ne pas oublier, cela permet aussi de se reposer la question de savoir si notre univers est bien réellement Euclidien ou si, au bout du bout, il pourrait pas être non euclidien.
Réflexion Interdite si on a oublié que l’évidence ne l’était pas et les conclusions de cette réflexion à jamais cachées sous le tapis.

1+3 = 4 VRAI ou FAUX ?

Vrai répondrons-nous tous en cœur.
Mais en base 10 comme nous comptons d’habitude.
Mais c’est aussi bien :

-  1+3 = 10 en base ...QUATRE, mais ici noté dix = 4 (en base 10), en effet ce dernier symbole (4) n’existerait pas

Et là encore nous voici pris en flagrant délit de ne pas avoir spécifié des hypothèses implicites.

La racine carrée de -1 n’existe pas. VRAI ou FAUX ?

Vrai... uniquement dans l’ensemble des nombres réels. Si on se réfère à l’ensemble des nombres Complexes la racine de -1 c’est i, le nombre imaginaire....
Et cette fois pris en flagrant délit d’avoir pris un ensemble infini pour le tout alors qu’il y avait un autre domaine encore plus infini....

Cette discipline est pleine de ces pièges mais elle nous apprend à les éviter par la réflexion, la logique.

Rien de tout cela en médecine... Une fois parti sur une voie, il est considéré comme iconoclaste de revenir sur des affirmations, quand ce serait naturel de le faire.

Et pourtant l’ostéopathie est par nature iconoclaste et l’ostéopathe pour se sentir à l’aise avec la médecine doit apprendre à voir dans la médecine les endroits où elle a fait des suppositions faciles, erronées, hors domaine d’application, etc... et savoir expliquer pourquoi il a pris l’hypothèse inverse ou bien pourquoi il a appliqué une autre méthode que la méthode médicale consensuelle [1] qu’il considère dans ce cas sortie de son champ de compétence ...

Application Médicale....

En pathologie bovine, sur la parturiente, le vétérinaire de campagne connait bien une pathologie que l’on appelle la torsion de matrice. A la suite de mouvements (par exemple un saut en courant par dessus un fossé...) la corne utérine gravide passe par dessus la corne non gravide. Cela donne une spirale sur la partie du col de l’utérus qui rétrécit d’autant le passage, rendant la mise bas impossible.

La technique opératoire consiste avec la main de passer le rétrécissement et d’essayer de renvoyer le veau d’où il vient pour défaire la torsion. Facile... On balance doucement et de plus en plus fort à bout de bras 100kg de veau et de liquide amniotique.... tranquille, surtout avec un toucher ostéopathique qui facilite grandement les choses. Sauf que ce n’est pas si évident malgré tout et cela ne suffit pas toujours.

Une technique alors classiquement décrite consiste, à coucher la vache (toujours d’accord vous vous en doutez...), et toujours le bras au delà du rétrécissement (dans ce cas la tête dans le fumier en général...) demander aux assistants involontaires de faire tourner la vache autour du bras qui bloque alors le veau (déterminer spatialement le sens de rotation, m’a toujours été coton...). Et ça marche assez bien...

Au lieu de faire tourner le contenu, on fait tourner dans l’autre sens le contenant et après un changement de référentiel spatial on obtient le même résultat .

Mais... en Montagne où j’exerçais... dans la petite grange sans aucune place, avec dehors un pré en pente et plein de neige.... on avait du mal à trouver un endroit pour cette dernière technique sans se peler les miches [2] et/ou finir en luge avec la pauvre mère vache.

Mais :
- Si au lieu de bloquer le bras du vétérinaire et de faire tourner la vache on laissait la vache "bloquée" sur ses pattes et qu’on faisait tourner le vétérinaire ?
- Et me voici demandant au solide gaillard derrière moi de me prendre à bras le corps et de me faire faire un tour sur moi même. C’était pas décrit dans les livres et pour lui une demande visiblement particulière que de faire jouer les pales d’hélicoptères à un vétérinaire apparemment sain d’esprit [3]. Il a pourtant fini par y souscrire voyant mon insistance et mon sérieux... la main tenant la tête du veau et fixe par rapport à mon corps qui pivotait, je me suis retrouvé les pieds en l’air et à la fin du salto, la torsion était réduite...

De nouveau, c’est un changement de paradigme et de référentiel qui a donné une solution cette fois non écrite dans les livres et que j’ai trouvé très ostéopathique : imaginer un point fixe, un bras de levier, etc....

Mais dans la vie ?

Mais c’est bien beau de le faire en médecine et en restauration de la santé. Dans la vie, n’y a t’il pas de ces choses-là à traquer ?

Tout trivial que cela paraisse...

je me suis fait "moucher" ce week end...

Me battant avec ma tartine de petit déjeuner et une confiture liquide... vous savez de celles qui sont délicieuses mais qui vous coulent sur les doigts à travers les trous de la tartine....


- Premier essai
- doigt sucré
- Deuxième essai
- Pain beurré

Pas plus intéressant la confiture glisse sur le beurre....

J’en étais là de mon échec lamentable les doigts dégoulinants, d’une confiture goûteuse, quand une petite voix anglaise [4]
me fit remarquer avec accent à l’appui que je pouvais beurrer ma tartine d’un côté... cela bouchait les trous, et qu’ensuite si je retournais ma tartine sur la deuxième face elle était absorbante à souhait pour la confiture liquide et... sans trous....

Bien sûr il ne faut pas poser la tartine ensuite... mais quand même c’était délicieux et :

Peut être que, lecteur, vous êtes un connaisseur, voire un utilisateur régulier du concept de la tartine à deux faces, mais pour ma part, assez content de ma faculté à porter un regard décalé sur beaucoup de choses, j’ai eu l’impression de prendre une leçon salutaire,

La Tartine à Deux Faces Je n’y avais Jamais Songé !!!

C’était jubilatoire.

Comme quoi les présupposés et actions péremptoires commencent dès le matin devant le bol de café.

Combien dans une journée de gestes irréfléchis et jamais remis en cause ???

Notes

[1Vous savez la formule : d’après les données actuelles de la Science...

[2en général torse nu pour ce genre d’actes...alors les nuits de pleine lune dans la neige...

[3Présupposé dont il s’est rappelé qu’il devait le mettre en doute sur le champ...

[4Vous savez ceux qui roulent à gauche et ne font jamais rien comme tout le monde...